Où ?

A l'atelier de Quatre Chemins de 10h30 à 17h30

Que s’est-il passé ?

On raconte pas tout, on n’a pas pris de notes, on a vécu des choses. Mais les personnes peuvent compléter. (Quand il y a un « je » c’est Aline qui écrit, juste pour savoir d’où ça parle)

On est tou·te·s dominé·e·s et dominant·e·s

Mais en tout cas, on est pas des victimes ou alors on est tou·te·s des victimes.

Sur un post-it, on a écrit en quelques mots les sujets, les choses, les situations de nos quotidiens - à l’atelier ou pas - à propos desquelles on se considérait comme dominant·e·s ou dominé·e·s. L’idée c’était de découvrir qu’on est tou·te·s un peu des deux, que ça dépend des moments, que ça dépend des espaces. Je crois qu’on a aussi découvert que ce ne sont pas toujours des choses faciles à dire, à écrire, à nommer.

On a fait une enquête conscientisante

L’enquête conscientisante, en deux mots sans doute pas assez précis, c’est une technique qui était utilisée par Marx avec les ouvrier·e·s puis par les ouvrier·e·s pour aider à prendre conscience de :

  • leur situation et de leur condition matérielle et pouvoir nommer les choses qui peuvent être insatisfaisantes,
  • qu’ielles n’étaient pas seul·e·s à parler de ces conditions et que donc elles faisaient sans doute système. Ielles se sont ainsi reconnu comme une classe à part entière avec ses intérêts propres,
  • la possibilité d’agir sur le système, …

Les enquêtes ont été beaucoup utilisées par la suite notamment par les mouvements féministes. Même encore aujourd’hui, c’est un bel outil pour se rendre compte de se que l’on partage ou non avec les personnes avec qui on fait ou on essaie de faire collectif.

Par groupe de 2, nous avons donc répondu à l’enquête suivante : (elle a été faite spécialement pour l’occasion à partir d’une enquête faite par la SCOP l’Engrenage qui portait sur la domination adulte et peut être améliorée, questionnée, …)

Autorité bienveillante et dominations

  1. Raconte un des moments où tu as pris conscience de ta classe sociale.
  2. Raconte un endroit où tu te sens bien. qu’est ce que tu y trouves ? Y es-tu aussi souvent que tu le souhaites ? Pourquoi ?
  3. Raconte un moment où tu t’es senti.e mal à l’aise avec un ou des adhérent·e·s. A quoi t’es-tu confronté.e ? (chez toi/chez elleux)
  4. Raconte un des moments où tu as senti.e qu’on s’adressait à toi différemment parce que tu es un homme/ou une femme ? Qu’est-ce que ça t’as fait ?
  5. Raconte un de tes derniers moments d’injustice / d’espoir.
  6. Raconte un des moments où tu as pris conscience de la couleur de ta peau.
  7. Tu peux me décrire où tu bosses, où tu milites, où tu es investi.e ? Qu’est ce qui te fait prendre du plaisir dans ton travail, tes projets, ce qui te porte en ce moment ?
  8. Les trucs que tu défends, que tu expliques dans ton métier, tes engagements et que tu ne fais pas toi-même ?
  9. La dernière fois que tu as parlé de dominations / discriminations avec tes collègues, des bénévoles, des parents, ta famille, les ami.e.s ? C’était comment ?
  10. Raconte une fois où tu sens que tu n’as pas été compris.e sur ces sujets.
  11. Raconte la dernière fois où tu as eu le sentiment d’être culpabilisant.e, de faire la morale ?
  12. Dans l’idéal, la relation adhérent·e·s / membre du collectif pour toi, ce serait ………
  13. Dans le concret, des exemples qui viennent soit malmener/s’opposer à ton idéal ou le confirmer.
  14. Quels sont tes peurs, tes doutes sur ça (idéal et /ou vécu) ?
  15. Quels freins tu rencontres par rapport à la mise en place de cet idéal ?
  16. Après avoir répondu à ces questions, quel.le.s sont les axes/ thèmes/situations concrètes que tu voudrais travailler collectivement ?

Pause (oui parce qu’on avait déjà bien réfléchi !)

On n’a regardé des films

D’abord on a regardé : Dudey free zone (mettre le lien du film) C’est un chouette documentaire sur les ateliers en non-mixité en Amérique du Nord. A travers les Etats-Unis et le Canada, il y est fait état de témoignages sur les ateliers non-mixtes, sur ce qui s’y passe, pourquoi et des propositions de réponses aux doutes que cette idée soulève souvent.

Nous avons ensuite pris le temps de discuter de ce que nous avions vu, vécu, traversé jusqu’à ce moment.

Pour nous détendre, on a mater un petit skecth sur le racisme anti-blanc. Visible ici !

Nous avons lu

L’idée était alors d’arpenter des textes à 2. Bon clairement, on était épuisé·e·s alors on a fait de notre mieux. En tout cas, les textes proposés étaient :

  • Un rapport sur la politique de la ville : ce rapport fait suite aux émeutes de 2005 dans les « cité ». Le ministre avait missionné une sociologue qui travaille sur la participation et l’ « empowerment » et un sociologue fondateur de l’association AC Le Feu qui milite pour la reconnaissance politique des banlieues pour analyser les problèmes de participation dans ces territoires. Ielles ont remis un rapport qui invite à la refonte radicale de la Politique de la Ville (la même avec laquelle on fait les Contrats de Ville) en vue d’améliorer la participation des habitant·e·s dans leurs espaces. Sont sorties de ce rapport 30 propositions qui tendent à sortir du cadre simple de la Politique de la Ville. Ce rapport n’a pas ou peu donné suites. (Poltique de la ville.pdf) Pourquoi le lire ? Parce que c’est un outil pour comprendre les contrats de ville, militer pour une politique citoyenne, … Il constitue une ressource publique méconnue dont les gens gagneraient à se saisir et propose des pistes de sortie de l’obscure démocratie.
  • La Foire aux Questions des Heures Félines (le collectif de mécano non-mixte du Chat Perché à Lyon) (FAQ.pdf) Pourquoi la lire ? Parce qu’elle répond à pas mal de questions que les gens peuvent se poser et donne des pistes pour comprendre et voir de quoi on parle quand on parle de sexisme dans les ateliers vélo.
  • Un texte d’Angela Davis « femmes, race et classe » : sociologue féministe qui pendant le mouvement des Civil Rights pour les droits des personnes noires aux Etats Unis a porté la voix des femmes qui ne se retrouvaient pas dans le mouvement plutôt constitué par des hommes (pour le dire vite). (femmes races classes qf 03.pdf) Pourquoi le lire ? Parce que Angela Davis, il FAUT l’avoir lue ! Que ce texte parle de la difficulté de voir comme les luttes s’entrecroisent (sexisme, racisme, classisme) et comme cela devient alors difficile de penser les luttes.
  • Une brochure sur la domination adulte : brochure créée à partir d’un texte paru sur le site « les mots sont importants », elle parle de tout ce qui montre que l’enfant est invalorisé dans notre culture et de pourquoi. (la domination adulte 8p-A5-pdf.pdf) Pourquoi le lire ? Parce que cela permet de voir, peut-être, les petits comportements qui pourraient être questionnés dans notre rapport à l’enfant, ou au moins dont on pourrait prendre conscience.
  • La brochure « Nous sommes tou·te·s des survivant·e·s, nous sommes tou·te·s des agresseur·ses· » : une brochure qui parle de la différence entre la gestion légale d’une agression et sa gestion par un collectif, qui propose des pistes pour venir en soutien aux personnes qui viennent à nous en tant que victimes d’une agression. (Nous sommes touTEs-12p-A4-pageparpage.pdf) Pourquoi le lire ? Parce que cette brochure propose une vision des situations un peu différente qui ouvre à d’autres possibilités pour gérer une agression. Parce que lorsqu’il y a eu une agression à La Cyclofficine de Pantin et que je ne savais pas quoi penser, cette brochure m’a aidée et que, ma foi, bin ça parlera peut-être à d’autres personnes.
  • Un coup de gueule d’une nana racisée (au sens où elle est invalorisée vis à vis du racisme - elle n’est pas blanche quoi !-) qui s’appelle « Du caractère polymorphe et multicolore du relou en milieu urbain » : dans son coup de gueule elle lutte contre les clichés tels que celui de l’arabe sexiste. (Polymorphe.pdf) Pourquoi le lire ? Parce que des fois, je me mets à penser des trucs racistes quand je me fais aborder dans la rue et que j’oublie que j’ai pris dans la gueule un bon gros sexisme blanc dans des bureaux, ou ailleurs, mais que, sans y penser il peut même me paraitre plus légitime … Je ne dois pas être la seule ! … Ce texte m’a remis les pendules à l’heure !
  • Un texte de Said Bouamama qui s’appelle « La construction des « petits blancs » et les chemins du politique » Ce texte écrit juste après les émeutes de 2005 rappelle que le problème c’est pas tellement les différences culturelles mais bien la pauvreté ! Que les émeutes de 2005 étaient bien des faits politiques ! Que les solutions proposées oublient peut-être tout ça (Politique de la Ville) ! (Said Bouamama.pdf) Pourquoi le lire ? Parce que c’est rare d’avoir accès à des sociologues racisés, tant parce que le langage des textes est pfff que parce que les media ne proposent pas de lire ces écritures. Oui, la socio à 2 c’est moins dégueux !

Les autres choses que nous aurions pu lire :

  • La brochure Lavomatic : qui parle d’une agression sexuelle dans un milieu anarcho-écolo - comme quoi, on est à l’abri de rien - et de comment le collectif a essayé de gérer la situation. (lavomatic A4.pdf)
  • Une brochure sur la répartition de la parole entre les hommes et les femmes par Corinne Monnet : sur les petites habitudes bien ancrées qu’on ne voit absolument pas et qui pourtant sont bien toujours là …
  • Une brochure qui restitue une étude sur l’enfance et qui s’appelle « L’enfance comme catégorie sociale dominée » : un peu longue, pleine de gros mots, elle reste intéressante. (categoriesocialedominee.pdf)
  • Pourquoi ne pas compléter ?

A la fin

On a eu l’impression qu’on avait beaucoup réfléchi. On s’est dit que c’était quand même un problème qu’on ne soit pas plus nombreux·ses du collectif. On s’est aussi dit qu’on avait envie de trouver des solutions à essayer. Certain·e·s avaient envie d’aller chercher les gens à l’extérieur et de réfléchir collectivement à faire venir plus de gens différents à l’atelier. D’autres avaient plutôt envie qu’on commence par travailler pour et par nous-même aux choses qu’on arrive pas à résoudre dans l’instant. On s’est dit que peut-être de faire un porteur de parole dans l’atelier ou dehors pouvait nous aider à écouter des choses et des voix qu’on entend pas. On s’est dit aussi qu’on pouvait essayer de faire attention à des moments dans l’atelier ou sur les ateliers de rue où on sentait un inconfort quant à une situation. Que la personne qui se sentirait mal pouvait essayer de noter la situation et que le théatre forum pourrait être une bonne idée pour comprendre et explorer des solutions.

(j’espère avoir été fidèle à peu près, si non, corrigez !)